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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 17:41

En 1996, après trois bouquins ayant pour narrateur et personnage principal Lew Griffin, le détective de la Nouvelle Orléans, James Sallis fait une pause dans la série. Il s’en échappe le temps d’un livre.

David, si tel est son nom, voit soudain le passé lui revenir en pleine face. Plus le moment de regarder les oiseaux et les écureuils, plus le moment d’étreindre Gabrielle. Le premier chapitre écoulé, le retour vers le passé, huit ans en arrière, s’amorce… Nous ne revenons pas réellement dans le passé mais le passé et les occupations de David alors ressurgissent… Pas n’importe quelles occupations, on comprend vite, en quelques pages, qu’il ne vaut mieux pas croiser son chemin quand il exerce, qu’il ne vaut mieux pas être l’objet d’une de La mort aura tes yeux (Gallimard, 1996)ses missions, d’un de ses problèmes à résoudre. Qu’il a travaillé pour une agence au service de l’Etat, une agence permettant au pays de vivre paisiblement, au prix d’actions peu recommandables.

Le temps joue une nouvelle fois à plein dans ce roman de Sallis. En même temps qu’il reprend une activité dont il ne voulait plus entendre parler, les souvenirs que David avait enfouis émergent. Se mêlent au présent. Mais simultanément, le passé récent, celui qu’il s’était patiemment construit, le hante. Il n’est plus le même. Son passé se rappelle à lui alors qu’il arpente le pays, qu’il en parcourt les routes. Il se rappelle à lui dans la violence et l’incertitude qui l’accompagnaient inévitablement. Il se rappelle à lui concrètement…

 

La route nous libère, réaffirme la discontinuité de nos vies, nous murmure qu’après tout nous sommes libres […]

 

Une autre confrontation émerge. L’histoire est racontée à la première personne, du point de vue de David. Il s’agit d’une intrigue inscrite dans un présent immédiat, dont la narration devrait adopter un angle uniquement comportementaliste. Les actions s’enchaînent et nous les suivons. Mais, nous sommes chez James Sallis et ça n’est pas si simple. Sallis veut explorer son personnage. L’impact des souvenirs sur ses propres questionnements, l’impact de souvenirs plus ou moins avérés, modifiés par le temps et l’évolution du narrateur. Comme Lew Griffin, David n’est pas sûr de ce qu’il est. Il n’est pas sûr que ses actions correspondent à ses pensées, ses convictions.

 

Je me demandais à quoi un soldat doté d’une conscience pouvait bien servir, et si j’en avais vraiment une (mais j’étais là, non ?) et ce que c’était que la conscience. Peut-être était-elle une reconstruction au même titre que la mémoire, et aussi peu digne de confiance.

 

Petit à petit, le passé, les passés, et le présent se rejoignent. Petit à petit, l’intrigue ressemble aux interrogations de David. Petit à petit, ses errances, parsemées de rencontres, de poursuites, prennent un sens… Inexprimé.

 

Nous créons tous, à partir des faits de nos vies, des fictions, des mythes mineurs, des mensonges personnels qui nous permettent de continuer à vivre, qui nous aident à rester humains, nous rassurent en nous faisant croire que nous comprenons notre minuscule coin de monde.

 

C’est un roman cérébral pas un roman d’action… C’est le roman d’un homme en proie au doute, certains que c’est ce doute qui l’a fait avancer, que c’est ce doute qui fait avancer. Certains qu’en instillant le doute il en fera avancer d’autres.

C’est un roman d’espionnage sûrement plus proche de ceux de Graham Greene ou John Le Carré que de ceux que l’on trouve par centaines… Un James Sallis.

Les précédents avaient été hantés par certains auteurs, George S. Schuyler, Albert Camus ou Chester Himes ; cette fois, c’est Cesare Pavese qui est mis en avant…

 

 

Après ce roman, l’écrivain revient à la Nouvelle Orléans pour y retrouver Lew Griffin.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 20:14

Un an après la première, aux Etats-Unis, et en 2000 en France, paraît l’histoire suivante de Sallis, toujours avec Lew Griffin en narrateur et personnage principal, Papillon de nuit (Moth). Papillons de nuit dont il est dit en exergue qu’ils s’assoient sur le rebord du monde en attendant, une citation de James Wright.

Alors qu’il a tourné la page des années évoquées dans le précédent roman, Lew Griffin est rattrapé par son passé. Il est écrivain et professeur et ne fait plus le détective que quand il y a une bonne raison. Et la bonne raison est là. Une nouvelle disparition, à nouveau celle d’une femme. La Verne, sa compagne des années Papillon de nuit (Gallimard, 1993)difficiles, vient de mourir et elle se demandait durant ses derniers jours ce qu’il était advenu de sa fille, Alouette. Fille qu’elle a eue lors de son mariage avec un médecin…

Nous retrouvons Griffin alors qu’il veille un nouveau-né, grand prématuré, le bébé Mc Tell. Le bébé qu’Alouette vient de mettre au monde. Nous parcourons le fil de l’histoire au gré de la narration de Griffin. Le temps avance, recule, s’attarde. Ce temps qui était déjà l’un des éléments principaux de la première intrigue. Nous remontons le cours de l’histoire avant de repartir vers l’avant, avant d’avancer avec le narrateur, héro. Et de repartir en arrière quand les souvenirs surgissent. C’est que Griffin nous confirme que le temps est un élément important de la fiction, qu’une fiction se construit sur lui. Il nous fait part d’autres confidences littéraires, autour de Queneau (traduit par Sallis) ou encore Camus, notamment…

Au gré de l’intrigue, nous croisons ceux qui ont connu La Verne lors des dernières années, alors qu’elle était partie une fois de plus loin de Lew. C’est son veuf qui s’adresse à lui pour qu’il parte à la recherche de cette fille qu’elle n’a que trop peu connue. Il y aura aussi Richard Garces, collègue de La Verne, et, toujours, Don Walsh. Clare, collègue, amie, et plus… D’autres personnages ponctuent le chemin du détective, Camaro, Travis, Teresa…

Cette enquête est l’occasion pour Griffin de se retourner sur ses souvenirs, sur ce passé que l’on ne peut oublier, dont il serait présomptueux d’imaginer qu’il peut être effacé. C’est ce passé qui l’a amené là où il est désormais. D’autres petites affaires jalonnent le parcours. Un parcours pour faire le deuil, un parcours semé de nouvelles douleurs, de nouvelles peines et de quelques bagarres.

Le style de James Sallis est remarquable. Prenant, savoureux. Un style qui pointe avec une rare acuité, une rare précision, les sentiments. Un style particulièrement touchant. Un style qui nous fait toucher du doigt la difficulté d’exister, qui nous rend palpable avec élégance les errements de tout être humain pour avancer, supporter, porter le doute qui nous ronge tous. Sallis est un écrivain majeur, grand styliste, dont la traduction d’Elisabeth Guinsbourg, revue par Stéphanie Estournet, permet de préserver toute la saveur. Et ça ne doit pas être une mince affaire.

Ces deux premiers romans de Sallis touchent, émeuvent. Et nous exposent cette force qui nous pousse inexorablement, ce destin que nous nous forgeons presque malgré nous.

 

Nous nous trahissons nous-mêmes pour pouvoir persister sur notre chemin ; mais nous avons aussi le pouvoir de choisir la forme de notre trahison.

 

 

C’est en 1996 que paraît l’opus suivant de l’écrivain, outre-Atlantique, en 2001 en France. Il s’intitule Le frelon noir (Black Hornet) et constitue un retour vers le passé pour le détective… pas encore tout à fait détective.

Le temps est un des personnages de Sallis, on le sait, et il conserve son importance dans ce troisième roman. C’est un plaisir de se laisser balloter au gré des souvenirs de Griffin. Un plaisir de lire la prose de son auteur. Un rythme si particulier qui semble si fort qu’il passe au travers de la traduction d’Elizabeth Guinsbourg revue par Stéphanie Estournet comme pour Papillon de nuit. Le duo, que je cite encore une fois parce que leur travail ne doit pas être si simple qu’il en a l’air, nous restitue le style, un rythme, presque addictif. Difficile de se défaire de l’atmosphère créée par le romancier, le plaisir éprouvé à le lire est si rare qu’il faut le souligner…Le Frelon noir (Gallimard, 1996)

Une série de meurtre a lieu à La Nouvelle Orléans. Alors que, un peu partout dans le pays, la lutte contre la ségrégation tourne à l’affrontement parfois violent, un tireur tue les blancs depuis les toits de la ville. Et Lew croise le chemin du tireur ; en effet, une balle tue nette celle qui venait de passer la soirée avec lui… L’affaire devient alors le centre des préoccupations de Griffin. Mais il laisse venir à lui les informations, les personnes impliquées. Il les laisse venir mais parfois, quand même, il se fend d’une action… Parfois violente.

On rencontre ainsi LaVerne, on assiste à la première rencontre entre Don Walsh et notre détective et à l’arrivée dans la vie du futur écrivain et professeur d’un roman dont il parlera ensuite abondamment, L’étranger. Griffin croise également pour la première fois Corene Davis, elle fera l’objet d’une des enquêtes dont il parle dans Le faucheux. Enfin, un autre personnage apparait de nouveau, nous l’avions rencontré dans Papillon de nuit, il s’agit de Doo-Wop, le colporteur d’histoire, celui qui fait le lien entre des personnes ne se rencontrant pas, celui qui perpétue une certaine tradition orale.

Le temps garde toujours la même importance, nous assistons à l’écriture du passé de Griffin en connaissant son présent. Nous assistons à la réécriture du passé à l’aune du présent, à ce que le présent peut avoir comme influence sur le passé et peut le transformer… C’est d’une grande richesse. Comme beaucoup des réflexions du détective, écrivain, enseignant.

 

Il nous faut un moment pour nous rendre compte que nos vies n’ont pas de fil conducteur. Nous commençons par nous voir comme les héros, en Levi’s ou en pyjama, d’une lutte désespérée entre la lumière et l’obscurité, insensibles à la pesanteur à laquelle nous sommes tous assujettis. Plus tard, nous nous représentons des scènes dans lesquelles les événements mondiaux décrivent des cercles autour de nous comme des lunes – comme les papillons de nuit autour des lumières de nos vérandas. Puis, péniblement, nous commençons à comprendre que le monde se fiche éperdument de notre existence. Nous sommes les choses qui nous arrivent, les gens que nous avons connus, rien de plus.

 

Comme il nous avait parlé de son lien avec Camus et son œuvre, Griffin nous raconte une autre rencontre importante. Pour lui comme pour son auteur. La rencontre avec Chester Himes. Ecrivain dont Griffin est presque un avatar imaginé par James Sallis…

En résumé, Sallis est un grand écrivain, ne passez pas à côté de ses bouquins, vous manqueriez quelque chose…

 

Après trois opus de la série, James Sallis va s’aérer un peu, quitter Lew Griffin le temps d’un livre, La mort aura tes yeux.

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 22:06

En 1992, James Sallis publie son deuxième roman. Aux Etats-Unis. En France, ce premier roman traduit, par Jeanne Guyon et Patrick Raynal, ne nous arrivera qu’en 1998… ce qui, au final, ne fait pas forcément si long que ça, comme attente. Il s’intitule Le faucheux (The long-legged fly) et nous raconte quatre enquêtes de Lew Griffin. Quatre enquêtes qui ont jalonné son existence, de 1964 à 1990, des débuts difficiles à un statut d’écrivain qui, malgré tout, ne peut gommer le passé… On ne se refait pas.

Griffin arpente les années de ses longues jambes, à l’image de l’insecte du titre (ainsi que Sallis l’évoque dans son roman suivant).

Le Faucheux (Gallimard, 1992)Nous sommes à la Nouvelle Orléans et le chapitre d’ouverture nous plonge résolument dans le roman noir. Une scène violente, sans explication. Une scène qui nous présente Lew Griffin de manière radicale. Une scène qui se suffit à elle-même et nous permet, ensuite, d’en imaginer bien d’autres sans qu’elles soient décrites. Griffin y règle son compte à Harry, pour ce qu’il a fait subir à Angie… Ne me demandez pas de vous en dire plus.

Après ce chapitre d’ouverture, nous suivons Griffin au long de quatre enquêtes. Quatre disparitions. En 1964, 1970, 1984 et 1990. La première disparition est celle de Corene Davis. Une militante pour le droit des noirs. Ce sont deux membres d’une organisation, la “main noire”, qui s’adressent à Lew Griffin pour qu’il la retrouve. Elle a disparu entre New York et la Nouvelle Orléans alors qu’elle venait participer à un meeting à la demande de cette fameuse organisation. L’enquête n’est pas simple, comment disparait-on d’un avion sans escale entre New York et New Orleans ? Griffin arpente les rues de sa ville en même temps qu’il assiste de loin à la lente agonie de son père. Entre les télégrammes de sa mère et sa relation plutôt compliquée avec LaVerne, nous le suivons à la recherche de Corene Davis. Comme le premier chapitre, cette première enquête donne le ton. Griffin est un privé noir à qui ses “frères” s’adressent… Un privé qui se débat avec ses propres doutes, son dégoût quand il assiste au sort que l’homme réserve à ses semblables. Un privé qui carbure à l’alcool pour se maintenir…

La deuxième disparition est celle d’une jeune fille, Cordelia Grayson, dont les parents pensent qu’elle est venue à la Nouvelle Orléans parce que c’est une ville dont elle parlait tout le temps. Il n’y a pourtant rien d’idyllique dans la Nouvelle Orléans de Griffin. Avec l’aide de Don Walsh, l’inspecteur, et de LaVerne, sa maîtresse call-girl, Griffin s’enfonce dans un milieu sordide, une certaine tendance du cinéma. Illégale.

En 1984, Lew Griffin est au plus bas… Cure de désintoxication et dépression sont au programme. Ceux qui l’entourent restent attentifs, Walsh, LaVerne et, plus surprenant, William Sansom qu’il a connu autrefois sous le nom d’Abdullah Abded, l’un des deux frères de la “main noire”. Il remonte la pente, devient recouvreur d’impayé et part à la recherche de la sœur disparue d’un homme, Jimmi Smith, qu’il a rencontré dans le foyer de Sansom. Il rencontre Vicky, infirmière anglaise, emménage avec elle… De nouveau, il plonge dans la fange en cherchant à en sortir une fille égarée tout en s’installant avec une autre. Contraste…

Quatre ans plus tard, alors qu’il est devenu écrivain, qu’il vit avec LaVerne, Lew se met à la recherche de ce fils qu’il a très peu vu lorsqu’il était enfant, avec lequel il a renoué récemment…

Ces quatre enquêtes nous décrivent une réalité, un monde qui est le nôtre, une société qui écrase. Nous suivons en même temps le détective qui peine à accepter cette société, justement, qui peine à s’y adapter. Et tout cela sous la plume d’un écrivain de grand talent. Un écrivain qui suggère, qui connait le poids de certains mots ou qui sait leur rendre leur importance. Un écrivain qui évoque et nous touche… Un écrivain dont on se dit qu’il ne faudra pas en rester là avec lui. Un écrivain qui pousse aussi à en lire d’autres comme Black no more de George S. Schuyler, abondamment cité au long des pages.

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 11:01

James Sallis est l’un de ces auteurs dont beaucoup parlent, qui semble une évidence pour ceux qui l’ont lu mais dont on ne débat pas énormément.

Un nom que j’avais croisé ici ou là sur la toile, en me disant qu’il serait sûrement intéressant à lire. Mais il y en tellement d’autres que j’avais, comme souvent, différé mon entrée dans son univers.

Et puis, il y a eu le film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling. Film que beaucoup ont encensé. Que beaucoup ont tellement aimé qu’ils ont dit qu’il devait aussi énormément au roman dont il était adapté. Pas sûr que tous ceux qui ont tenté de nous en persuader connaissaient réellement l’écrivain avant de voir son nom au générique du long métrage… Pour d’autres ce fut sans aucun doute le moment de dire, de réaffirmer, leur goût pour le romancier. Ce fut en tout cas, pour moi, comme avec Manchette auparavant, le petit déclic qu’il manquait pour aller vers les bouquins du monsieur. Je me suis dit que plutôt que de commencer par le roman Drive, pourquoi ne pas prendre les œuvres dans l’ordre. Les œuvres traduites, bien sûr, le premier roman de l’auteur, Renderings, roman d’avant-garde, ainsi qu’il est présenté sur le site de l’auteur, restant chez nous inconnu.

 

James Sallis est donc né en décembre 1944 à Helena dans l’Arkansas, juste au-dessus de la Louisiane et sa Nouvelle-Orléans, où il étudiera. Sallis a voyagé, bougé, avant de s’établir en Arizona.

Malgré sa bougeotte, il reste assez facile à dénicher par ici, ses romans faisant l’objet d’éditions récentes. J’ai donc pu m’y adonner sans problème.

 

Outre l’adaptation de son roman, le dossier du Vent Sombre, déjà évoqué précédemment, a conforté mon intérêt pour l’œuvre de cet écrivain. L’introduction au cycle de Lew Griffin par Philippe Cottet (je n’ai pas lu les analyses des bouquins pour éviter de me laisser influencer dans mes chroniques) m’a permis de confirmer que l’intérêt que je percevais à la lecture de James Sallis ne reposait pas uniquement sur mon imagination, qu’il pouvait en concerner d’autres… même si, si ça avait été le cas, j’en aurais de toute façon parlé. Après tout, l’intérêt que l’on porte à une lecture, un auteur, est aussi fonction de notre personnalité de lecteur…

Il est temps à présent de parler des romans de James Salis, un écrivain important de mon point de vue, marquant. J’espère que mes petites chroniques de lecture, au long de sa bibliographie, vous en convaincront.

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 20:11
James Sallis est un auteur ayant une certaine renommée. Mais il n’est pas pour autant omniprésent sur Internet. En dehors des sites spécialisés et de la fameuse encyclopédie collaborative en ligne, sa présence est surtout commerciale et liée à l’adaptation de Drive au cinéma par Nicolas Winding Refn.
 
Il apparaît toutefois suffisamment pour nous permettre un petit tour d’horizon.
Pour faire connaissance avec l’écrivain, Macha Séry a écrit un article pour le Monde (le journal) à l’occasion de sa venue au festival “Etonnants Voyageurs”. Elle y retrace son parcours, littéraire et géographique. Pour compléter et approcher ses œuvres, Rue des livres passe en revue sa bibliographie, un aperçu rapide.
Pour bien le connaître, et lire quelques critiques de ses romans, les sites ne sont pas pléthores, ceux qui font référence s’y attellent. Il y a tout d’abord Pol’Art Noir et une biographie qui propose des liens vers la critique de deux de ses romans. Il y a ensuite k-libre qui au travers également d’une biographie, offre un accès vers des articles du site mais cite également des références extérieures, notamment vers certains numéros de La vache qui lit, créée par le regretté Serge Vacher.
Si vous voulez entendre et voir l’auteur, une table ronde organisée lors du dernier festival “Etonnants voyageurs”, animée par Michel Abescat et Maëtte Chantrel est visible en ligne. Il apparaît aux alentours de la trentième minute.
Enfin, j’en ai gardé un peu, et pas des moins intéressants, James Sallis a un site officiel, The James Sallis Web Pages. Et il a eu les faveurs de l’excellent site Le vent sombre pour une analyse de son personnage Lew Griffin. Une analyse approfondie de la série, incontournable.
 
Mes impressions de lectures ne tarderont pas après que je me sois penché sur ma rencontre avec les œuvres de l’écrivain.
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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 11:33

Les vacances sont finies. Quelques jours sous la chaleur et le soleil du Morbihan, ça donne de l’énergie. J’en ai profité pour découvrir quelques auteurs dont je parlerai peut-être.

Au rayon de ceux que je n’évoquerai pas pour le moment, il y a notamment eu Pete Hamill, l’auteur de plusieurs romans policiers dont trois traduits aux alentours du début des années 80 dans la série noire. Des romans qui se laissent lire, l’un d’entre eux méritant même de s’y attarder, Dieu a tiré le premier (Guns of Heaven). Hamill est, depuis l’année dernière, revenu en grâce chez nous avec Tabloïd city, mis en avant par François Forestier et dont Jean-Marc Laherrère a parlé récemment. Il est revenu avec son héro récurrent, Sam Briscoe, journaliste indépendant, aussi violent qu’un détective de hard-boiled. J’en parlerai bien, comme vous le voyez, mais je trouve que trop peu de romans sont traduits pour l’évoquer. Ou il faudrait que je les lise dans la langue de Shakespeare… j’y réfléchis.

Pour ceux que j’évoquerai cette année, je ne vais pas me lancer dans une évocation de chacun d’entre eux car quand je relis ce que j’avais annoncé l’année dernière, je constate que je n’ai pas fait exactement ce que j’avais écrit. Il y aura peut-être un romancier anglais, auteur de plusieurs romans et notamment de deux séries avec héro récurrent, un auteur états-unien d’abord new-yorkais puis californien… et sûrement un ou deux de ceux que j’aime depuis longtemps et que je lis régulièrement.

Une chose est sûre, je commencerai cette nouvelle rentrée avec un auteur états-unien, originaire de l’Arkansas et installé, aux dernières nouvelles, en Arizona, souvent taxé d’écrivain du sud, parce qu’il situe ses intrigues plutôt dans cette partie de son pays. Mais un écrivain important, ayant son propre univers, ses obsessions littéraires personnelles. Un écrivain enrichissant, l’un de ceux qui vous donne le sentiment d’être intelligent.

 

Je continuerai de suivre ceux que j’ai déjà évoqués, de parler de leurs derniers romans, je continuerai à parcourir l’œuvre de ceux pour lesquels je n’ai pas fini mon parcours. Je continuerai de parler des écrivains et de leurs œuvres sans coller à l’actualité. Juste en collant à ma curiosité, mes lectures et mes goûts…

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 11:25

Les congés d'été riment avec... je ne sais pas... transhumance (celle évoquée par Claude Le Nocher dernièrement).

Pas vraiment, mais voilà, je vais faire parti de ces bonshommes qui partent respirer un autre air. L'air salin de l'océan, en l'occurrence, à l'abri du golfe du Morbihan, ou pas... Une aération familiale, curieuse et reposante, j'espère.

Il y aura, bien sûr, des lectures, peut-être même des relectures et puis la découverte de librairies, si possible. Si vous avez des suggestions, je suis preneur. Vannes, en priorité, Nantes et Rennes, pourquoi pas ? Ca pourrait aussi alimenter la rubrique de Jean-Marc Laherrère.

 

En attendant, le blog s'arrête pour quelques semaines, les articles reviendront vers la mi-août. Ou avant, allez savoir...

 

Bonnes Vacances !

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 18:48

Murakami n’a pas sévi que dans le roman. On connait l’auteur de nouvelles, on le sait traducteur en japonais de certains de ses homologues états-uniens, il s’est également consacré au récit à ranger dans la catégorie documentaire. Dans cette catégorie prennent place son enquête sur les différents protagonistes des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 et son essai sur sa passion pour la course à pied, comment elle a nourri son travail. A travers ces deux livres, on approche le romancier, les raisons pour lesquelles il écrit, quelles interrogations nourrissent ses fictions.

 

En 1995, la secte Aum commet un attentat dans le métro de Tokyo en y répandant du gaz sarin. Murakami est alors en vacances au Japon mais il ne découvre l’événement que plus tard. Un événement qui le poussera à revenir dans son pays après plusieurs années vécue en Europe puis aux Etats-Unis. Un événement qui lui fait quitter la fiction et le pousse à enquêter. Enquêter à la manière d’un écrivain.

Underground paraît en 1997 au Japon et vient d’atteindre notre pays cette année, étrangement traduit de la version anglaise du livre, traduction d’une traduction… Le livre nous décrit les événements et collecte les témoignages des victimes puis de membres de la secte Aum.

Underground (Belfond, 1997)Les premiers témoignages sont ceux des victimes, ces témoignages sont groupés selon la ligne empruntée et précédés de la description de l’attaque sur cette même ligne. Les poches contenant le gaz n’ont pas toutes été percées, elles n’ont pas toutes été percées aussi efficacement d’où un nombre de victimes différent selon les trajets empruntés et visés. Les victimes racontent leurs préoccupations du jour, elles se rendaient toutes au travail et se souciaient surtout d’y être en temps et en heure. Les symptômes qu’elles ont ressentis se sont donc mêlés à leurs pensées. La fatigue d’un lendemain de week-end juste avant un autre jour férié a atténué leurs réactions et leurs témoignages soulignent aussi le peu de réactions autour d’eux, les autres passagers ayant sûrement des préoccupations similaires aux leurs… L’attentat, les symptômes ressentis immédiatement après, n’ont pas tout de suite été perçus comme tels. Il a fallu à certaines des victimes quelques heures de travail pour réaliser qu’elles souffraient de l’attaque dont les télévisions se faisaient le relais. Il est impressionnant de lire ces réactions différées, de se dire que nos préoccupations peuvent faire passer au second plan un événement de cette importance. Douze personnes sont mortes, plusieurs centaines d’autres souffrent encore des séquelles de cette dramatique matinée. Murakami, en recueillant ces témoignages, nous fait percevoir la manière dont les passagers ont subi ce choc.

Il explique ensuite pourquoi il en est arrivé à écrire ce livre. Sa préoccupation d’écrivain, telle qu’il nous la livre, a notamment été de comprendre son pays et ceux qui le peuplaient. Il s’agit d’une préoccupation qu’il a toujours eu à travers ses romans et qui devenait prégnante au moment de l’attentat. Il s’est interrogé sur ce qui avait amené la société, japonaise en l’occurrence, à “produire” un tel événement. La secte Aum ne lui était pas étrangère, son leader avait fait campagne lors d’élections mais, même si ce mouvement l’avait intrigué, inquiété, il n’avait pas poussé plus loin son interrogation. Ce type de réaction avait-il suffi pour permettre un tel drame ?

Dans une seconde partie, le romancier est allé rencontrer des membres de la secte. Des membres qui n’ont pas pris part aux attentats et qui ont, pour la plupart, pris leurs distances avec Aum. Leur parcours nous intrigue, comme il intrigue l’écrivain. Comment ces personnes, a priori semblables aux autres, se sont-elles engagées dans cette secte ? Qu’y recherchaient-elles ? Les déviances de la secte sont décrites, certains excès ont été perçus, mais il aura fallu les attentats et l’arrestation des responsables pour que des doutes émergent, chez la plupart d’entre eux. Pour certains, ils étaient venus avant et avaient valu d’être bannis, pour d’autres la culpabilité des personnes arrêtées puis condamnées est encore sujette à caution…

C’est un livre prenant et fort que nous propose Murakami, un livre dans lequel on perçoit ce travail d’écrivain qui est le sien. Un livre dont l’atmosphère n’est pas sans rappeler celle de sa trilogie récemment parues, 1Q84. Il y a même un ou deux profils parmi ceux des personnes rencontrées qui m’ont fait penser aux principaux protagonistes de cette trilogie. Un adepte de la secte qui n’est pas sans similitudes avec Tengo, une autre pas si loin d’Aomamé… A travers la lecture d’Underground, j’ai mieux compris en quoi la trilogie était largement inspirée des événements de ce lundi matin à Tokyo.

 

Deux mois avant cet acte criminel, le Japon avait été secoué par un autre événement, le tremblement de terre de Kobé.Après le tremblement de terre (10-18, 2000) Murakami a expliqué son retour dans son pays par la conjugaison de ces deux catastrophes. Il a d’ailleurs écrit un recueil de nouvelles inspirées par le tremblement de terre et qui est paru en 2000 dans son pays. Un recueil de nouvelles qui capte les conséquences d’un tel choc chez différentes personnes… Un recueil de nouvelles à lire, Après le tremblement de terre.

 

Dix ans après son ouvrage sur l’attentat au gaz sarin, Haruki Murakami publie un essai qui jette un nouvel éclairage sur son travail, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, traduit par Hélène Morita.

Il s’attelle à y raconter son entraînement, sa préparation, en vue du marathon de New York auquel il compte participer. Rien de nouveau pour lui puisqu’il nous apprend que depuis qu’il écrit, il a couru un marathon par an. Il s’est astreint à courir une fois la décision prise de se consacrer à l’écriture, comme un pendant à son activité plus intellectuelle, un Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (2007)corps sain pour un esprit sain… Au rythme de ses entraînements, de leur enchaînement, Murakami égraine les souvenirs. Ceux de ses courses, ceux de sa venue à l’écriture. Il raconte le premier marathon qu’il a couru, hors compétition, en Grèce, d’Athènes à Marathon, suivi par un photographe. Il raconte la difficulté rencontrée invariablement au-delà du trente-cinquième kilomètre, il écrit avoir renoncé à améliorer ses performances après ses cinquante ans. Il raconte le premier livre qu’il a écrit, ceux qui ont suivi et son besoin de se mettre à une activité physique… Il confie également les excès qui l’ont poussé à évoluer, un super marathon (100 km) qui l’a incité à passer au triathlon pour ne pas renoncer à la course.

Je disais que Murakami répondait sans doute à la maxime qui veut que pour toute activité de l’esprit, il faut entretenir son corps, mais Murakami va plus loin. Voyant un lien entre les deux.

 

Pour moi, écrire des romans est fondamentalement un travail physique. L’écriture en soi est peut-être un travail mental. Mais mettre en forme un livre entier, le terminer, ressemble plus au travail manuel, physique. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faille pour cela soulever des poids, courir vite ou sauter haut. C’est pourquoi la plupart des gens ne voient que la réalité superficielle du travail d’écriture et s’imaginent que la tâche de l’écrivain nécessite simplement de rester tranquillement dans son bureau et de penser. Si vous avez la force de soulever une tasse de café, pensent-ils, vous pouvez écrire un roman. Mais une fois que vous essayez de vous y atteler, vous comprenez très vite que ce n’est pas une mission aussi paisible qu’il n’y paraît.

 

Ecrire, comme courir, nécessite un entraînement, une préparation et une volonté. Il s’agit d’aller au-delà de ses limites ou de mieux les percevoir…

C’est un livre qui pourrait paraître étrange mais qui, au final, se révèle captivant à plusieurs niveaux. Celui de la curiosité de lire les confidences d’un écrivain qui se confie peu, d’approcher sa pensée, celle qui nous livre régulièrement de si beaux romans. Il y a aussi l’intérêt que l’on a à savoir s’il sera suffisamment préparé pour parcourir les 42 kilomètres et quelques de New York. Il évoque également Boston, ville où il a vécu et revient vivre un peu, ville d’un marathon particulier pour lui et qui a pris une autre importance à nos yeux depuis cette année et l’attentat qu’il a subi…

Murakami est un écrivain de notre époque, mais en même temps un écrivain intemporel.

 

Et, comme par un malheureux hasard, son marathon préféré a connu le choc d’un attentat, réunissant bien cyniquement les deux essais que je viens d’évoquer, Murakami a écrit un texte sur l’événement, un témoignage, une réaction, paru dans le New Yorker le 3 mai dernier.

 

Après ces publications, nous attendons son prochain roman, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, déjà paru dans son pays…

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 15:19

En 1983, paraît l’avant-dernier roman de Jean Amila. Après un bouquin frappé du sceau de l’autobiographie romancée voire revisitée,  Le boucher des Hurlus, après les horreurs de la guerre, Amila reprend son bâton de pèlerin pour décrire avec acidité ses contemporains et la société dans laquelle ils s’ébattent. C’est Le chien de Montargis.

Le titre fait référence à une statue de la ville du Loiret qui a été érigée pour louer un animal de compagnie, un de ces canidés si fidèles à leur maître. Un canidé s’en prenant à celui qui avait agressé son maître, faisant de lui l’exemple du Le chien de Montargis (Gallimard, 1983)bon toutou fidèle et protecteur quand il le fallait. P’tit Ciss connait la statue et il expérimente l’affrontement avec les mollosses dont leur éleveur prend en exemple le fameux “chien de Montargis”. D’autant plus que nous sommes à Montargis… Mais même avec la tenue matelassée et les encouragements de son nouveau patron, Courchaudin, Francis ne se sent absolument pas pour vivre ça, les affrontements avec des chiens élevés pour tuer quand il s’agit de défendre les biens ou l’intégrité de son maître… P’tit Ciss ne sait pas pourquoi il est fait, au grand désespoir de sa Mémée, celle qui l’élève et chez qui il vit. C’est qu’il faut qu’il se trouve une voie professionnelle. Toujours est-il qu’après cette expérience en chenil, il sait ce qu’il déteste…

Un oncle propose alors de le prendre en main, à Saint Raphaël. Il le fait venir pour lui apprendre le métier, serveur dans son restaurant. Pas que le boulot lui déplaise mais le voilà de nouveau aux prises avec deux chiens, ceux de Lefauchois, le patron, l’oncle, et de la patronne. Il ne se sent vraiment aucune affinité avec ces bestioles qui vivent aux crochets des humains, d’autant que l’un des deux essaie de lui choper le mollet en guise d’accueil. L’occasion de rencontrer Lucienne, l’employée de la vétérinaire d’à côté, avec laquelle il se trouve quelques points communs, la haine des toutous notamment, et quelques attirances. Les deux s’associent pour empoisonner les saucisses à pattes et autres chienchiens à leurs mémères qui envahissent la Côte d’Azur.

P’tit Ciss continue ensuite à faire son apprentissage, devenant monte-en-l’air, grâce à un don pour l’escalade et continuant à nourrir une haine farouche pour les clebs et tous ceux qui les encensent…

Amila dézingue une nouvelle fois ses contemporains. Ceux qui ont fait le chien-roi dans leur société… Chiens qu’il n’hésite à comparer aux militaires, aux tenants de l’ordre, à des citoyens qui voudrait voir plus de rigueur dans leur pays…

Il dézingue mais j’ai eu un peu de mal à rester dans l’histoire, à me sentir concerner en permanence, même si certains moments restent particulièrement piquants. L’impression d’une difficulté à lancer l’histoire, à la maintenir parfois sur les rails choisis.

 

Deux ans plus tard, le dernier roman d’Amila arrive dans les bacs. Toujours fidèle à la “série noire”, c’est Au balcon d’Hiroshima.

Il s’agit d’une œuvre qui n’est pas sans rappeler Le boucher des Hurlus et sa dénonciation de l’absurdité et des ravages de la guerre. Une œuvre cousine de La lune d’Omaha, traitant comme elle de la seconde guerre mondiale.

Pour aborder un sujet marquant, Amila prend le parti de mêler du rocambolesque à la tragédie en marche. Deux truands, évadés de prison grâce à un bombardement providentiel de la Royal Air Force, devenus héros de la Au balcon d'Hiroshima (Gallimard, 1985)résistance, partent à la recherche de leur complice qui a réussi à s’échapper avec le magot de leur braquage. Ce complice a trouvé refuge au pays du soleil levant pour profiter du trésor volé. Nous le rencontrons dans la capitale nippone alors qu’elle est bombardée par les Etats-Unis, une nuée d’avions déversent des bombes transformant la ville en un gigantesque brasier… Roger, qui était convoqué à l’Ambassade pour confirmer qu’il vit sous une fausse identité, assiste à la tragédie à l’abri, les ambassades faisant rarement les frais de ce type d’acte de guerre, et comprend bien vite que son quartier est rayé de la carte. Sa femme et l’un de leurs enfants font parti des victimes, le second enfant se révèle introuvable, probablement transporté dans un état grave vers un hôpital… Mais tout a brûlé, ses papiers, les faux, son entreprise, tout. Roger n’est plus rien, a tout perdu. Il est envoyé, avec d’autres locataires improvisés de l’ambassade, dans un camp de prisonniers. Puis de nouveau déplacé près d’une ville dont il entend pour la première fois le nom, Hiroshima. Il y retrouve rapidement les deux compères partis à sa poursuite et enfermés comme lui… La vie au camp n’est que survie et le passé n’a plus prise.

Amila nous décrit l’inhumanité de la guerre, les représailles contre les civils, le peu de cas que l’on en fait, victimes désignées de la saloperie dans laquelle les puissants se sont engagés. C’est de nouveau le péquin qui trinque, comme dans la société que l’écrivain nous a décrite au long de ses années à la “série noire”.

Et ça se finit en apothéose devant l’une des plus grandes atrocités que l’esprit humain a pu inventer pour détruire son prochain. L’une des plus belles démonstrations de ce que la science peut enfanter pour tuer, cette même science qui se bat  en même temps pour aider l’homme à mieux vivre… Amila réussit à nous prendre, à nous émouvoir, à nous laisser complètement abasourdi devant ce qui n’est plus qualifiable. Juste incompréhensible. Alors qu’il avait fallu des nuées d’avions pour incendier Tokyo, un seul, isolé, suffit pour Hiroshima…

 

Ce dernier roman, cloturant sa bibliographie, lui vaudra le prix Mystère de la critique en 1986, il proposera encore un manuscrit aux éditions Gallimard qui sera refusé et publié bien des années plus tard, Comme un écho errant.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 14:20

C’est en 1869 que Monsieur Lecoq d’Emile Gaboriau paraît dans Le Petit Journal. Il s’agit du cinquième roman policier de l’écrivain, le troisième et demi mettant en scène Lecoq… Troisième et demi car, simple figurant dans le premier, L’affaire Lerouge, il n’apparaît que dans les dernière pages du précédent, Les esclaves de Paris.

 

L’univers de Gaboriau est en place, le cercle fermé de ses personnages forme un petit monde où s’ébattent les nouveaux venus. On croise la marquise d’Arlange, les Réthau de Commarin sont évoqués, dans ce roman partant d’un fait divers qui trouvera sa source dans les luttes de la noblesse du XIXème siècle. Gaboriau se penche sur ces privilèges qui, bien qu’abolis depuis une certaine nuit d’août, continuent d’être l’apanage d’une frange de la population de son époque. Au mépris du reste de la population et au gré des soubresauts de l’histoire et du pouvoir…

 

Tout commence par une nuit d’hiver à la limite de Paris. Dans un de ces quartiers où règnent les malfrats et autres repris de justice. Dans les premiers chapitres, le romancier nous décrit l’ambiance autour de la porte d’Italie à la suite d’une ronde des forces de l’ordre. Une atmosphère comme il sait si bien les décrire, une ronde que l’on a l’impression de vivre de l’intérieur. Cette ronde est commandée par une vieille connaissance, croisée dès le premier roman Monsieur Lecoq tome 1 (Dentu, 1869)judiciaire de l’auteur, l’inspecteur de la Sûreté Gévrol. Alors qu’avec ses hommes, il effectue le circuit habituel, des cris puis des coups de feu sont entendus. La troupe se déplace jusqu’à l’origine des bruits et débarque sur une scène devenue scène de crime. Un forcené s’est fait un rempart d’une table renversée alors que trois corps sont étendus dans le bouge de la veuve Chupin appelé La poivrière. L’un des policiers accompagnant Gévrol fait alors preuve d’une grande capacité de réaction en contournant la maison pour prendre l’homme barricadé à revers, il prouve encore son intelligence et son esprit de déduction en mettant en doute les déductions tirées des évidences collectées par son chef et que ce dernier s’empresse d’entasser pour résoudre l’affaire en deux temps trois mouvements… Faisant sienne une maxime que ne démentira pas Sherlock Holmes quelques années plus tard :

"En matière d'information, se défier surtout de la vraisemblance. Commencer toujours par croire ce qui paraît incroyable."

Le jeune policier demande à rester sur place tandis que le reste de la troupe emmène le suspect et part prévenir les autorités judiciaires. Nous assistons alors à la recherche d’indices et à l’épanouissement d’une grande intelligence qui n’est autre que celle de Lecoq. Un Lecoq d’avant celui que nous avons suivi jusqu’ici, un Lecoq devant encore faire ses preuves et qui voit dans cette affaire l’occasion de prouver ses grandes aptitudes de policier, à la manière de Fanferlot au début du Dossier 113.

Contrairement à Fanferlot, Lecoq, malgré sa jeunesse et son inexpérience, mène une enquête rigoureuse mais la partie n’est pas facile. Le coupable des meurtres, celui que grâce à lui la police a capturé, garde son identité secrète. Ou plutôt, celle qu’il donne comme sienne ne parvient pas à convaincre ni Lecoq ni Gévrol. Gévrol voit en lui un criminel chevronné quand Lecoq le soupçonne d’être d’une bien plus haute extraction que celle de saltimbanque qu’il affirme être la sienne… Et son nom, Mai n’est pas plus convaincant pour l’enquêteur de la Sûreté. Mais comment savoir qui il est ? Lecoq va imaginer bien des stratagèmes, avec l’assentiment du juge chargé de l’enquête, M. Segmuller, juge ayant pris la suite du premier, d’Escorval, malencontreusement blessé à la suite d’une chute.

Comme à son habitude, Gaboriau nous détaille l’enquête, les atermoiements des enquêteurs, leurs questionnements. Il nous présente un autre aspect des difficultés de la justice, l’identification d’un suspect…

Au final, Lecoq parvient à ses fins, l’identification, mais n’en est pas plus avancé, doutant même de ses déductions, au point de faire appel à celui qu’il considère comme son mentor, le père Tabaret dit Tirauclair, celui-là même qui menait les investigations dans L’affaire Lerouge. Tabaret pointe deux ou trois erreurs dans l’enquête mais, en même temps, adoube Lecoq…

 

Pour confondre son suspect, il lui faudra, il nous faudra, une nouvelle fois remonter aux racines du fait divers, comprendre ce qui a motivé le carnage en revenant dans le passé. Nous passons, en quelque sorte, du roman policier au roman noir, de l’histoire d’un crime et de l’enquête qui suit à celle d’un enchaînement d’événements qui font plonger certains personnages, qui mènent à une chute, un crime. Après une première partie intitulée L’enquête et formant originellement le premier tome d’un diptyque, nous voici plongés dans une histoire commençant en 1815 quand ceux qui ont soutenu l’Empereur voient revenir au pouvoir les tenants d’une monarchie sur le retour, un temps où deux noblesses s’affrontent. Et où les privilèges et le mépris du peuple sont toujours l’apanage de certains, ceux sur lesquels Gaboriau aiguise sa plume.

Le duc de Sairmeuse et son fils, le marquis donc, sont de retour pour reprendre possession d’un château qui a été vendu bien des années plus tôt par la république, comme bien national. M. Lacheneur, sous l’insistance de sa fille, lui rend les terres qui appartenaient à la famille de Sairmeuse et dont il était devenu le propriétaire légal… Lacheneur redevient du même coup un simple quidam, sa fortune n’existant plus. Maurice d’Escorval qui voulait épouser la fille de Lacheneur voit son rêve repoussé et les animosités, les ressentiments, naissent…

Après une certaine rigidité de la noblesse et sa maladresse face à des sentiments, après ses inconséquences conduisant à l’appauvrissement et la soif d’argent à tout prix, après le crime s’organisant autour des faiblesses et des secrets des anciens tenant du pouvoir, Gaboriau pointe une nouvelle tare de la noblesse. Mais il traite aussi et comme avant de tout ce qu’il avait déjà évoqué, reproché à ces héritiers de temps révolus.

Il le traite sous la forme d’un mélodrame, où les passions sont portées à un point d’incandescence, violentes, emportant les êtres les plus raisonnables dans des actes dépassant la raison…

Cette seconde partie qui, au fur et à mesure des romans, a pris de l’ampleur éclipsant presque la première, celle de l’investigation, tend, comme je l’ai dit plus haut, vers le mélodrame, le roman noir. Des événements entraînent les personnages toujours plus loin, exacerbent les ressentiments. On perçoit une évolution possible, naturelle, pour l’écrivain… Son personnage d’enquêteur n’a, dès lors, plus forcément lieu d’être, Lecoq s’éclipse sur une dernière enquête, la première, en fait. Celle qui lui vaudra d'être désormais appelé "monsieur".

 

En cinq romans judiciaires, Gaboriau a exploré un genre naissant, il a exploré les passions qui peuvent pousser au crime en s’intéressant, dans un premier temps, à l’enquête puis à ce qui peut pousser un être humain au crime. Bien que faisant toujours parti du roman populaire, c’est un genre nouveau auquel l’écrivain a donné ses premières lettres de noblesses. Et comme pour devancer une évolution prévisible du genre, il va ensuite s’adonner à ce qui pourrait s’apparenter à du roman noir.

L’exploration de l’œuvre de cet écrivain au talent remarquable ne perd pas de son intérêt. Elle en est au contraire, si c’était nécessaire, relancée. Je la poursuivrai prochainement avec La vie infernale.

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