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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 17:19

A la suite du Dossier 113, Gaboriau poursuit dans la veine des “romans judiciaires”, comme il les appelle. Les esclaves de Paris paraît dans Le Petit Journal durant l’année 1867 et se poursuit en 1868.

 

Dans les premières pages nous sont présentés certains protagonistes de l’histoire, Rose Pigoreau et Paul Violaine, deux amants venus chercher fortune à Paris, y ayant trouvé le dénuement et logeant dans un hôtel borgne, l’Hôtel du Pérou, le père Tantaine, leur voisin, Baptistin Mascarot, un placier pour gens de maison, le docteur Horbizet, son Les esclaves de Paris (Dentu, 1868)complice, et bien d’autres… Alors que nous parcourons la description de ces différents personnages, la première énigme qui nous trotte dans la tête est de savoir quand Lecoq, l’agent de la Sûreté va apparaître. C’est même de savoir s’il ne se cache pas derrière l’un ou l’autre de ces individus, expert qu’il est en déguisements de toutes sortes.

Bien vite, l’intrigue prend le dessus. Nous assistons en effet, dans la première partie, à la mise en place d’un coup. Ce n’est pas l’histoire d’un braquage mais celui d’un chantage qu’ourdissent B. Mascarot et ses complices. Un chantage qui nécessite d’abord de placer ses pions dans les endroits stratégiques, de modifier certains événements pour mieux les maîtriser. Le jeune Paul Violaine fait partie du tableau, il faut l’y faire entrer. Et les pièces se mettent en place. A la manière d’une enquête de Lecoq où la résolution ne suffit pas, où il faut que le coupable tombe sans coup férir, ceci nécessitant l’exécution d’un piège, nous assistons à la mise en place d’un traquenard pour mieux faire tomber l’argent dans l’escarcelle des maîtres-chanteurs. Maîtres-chanteurs qui opèrent sous couvert d’honorables entreprises, de places reconnues dans le petit monde parisien… Ils opèrent en utilisant les secrets cachés des grandes familles, les Mussidan, les Champdoce, Bois-d’Ardon et autres. Ils opèrent en utilisant les sombres côtés de la nature humaine qui ont entraîné les uns et les autres dans des aventures qu’ils aimeraient tant ne pas avoir vécues, dont ils se sont repentis trop tard. Des mésaventures qui pourraient entacher l’honneur d’un nom, dont le secret peut se négocier à prix d’or, passions cachées, coups de colère meurtriers… Ayant accumulé les secrets, B. Mascarot et ses complices se lancent dans le chantage qui pourraient leur permettre de se retirer. Ils tirent les ficelles qu’ils ont laborieusement déroulées, attachées, ils resserrent la toile qu’ils ont patiemment tissée. Utilisant les uns pour mieux atteindre les autres.

B. Mascarot apparait alors comme le reflet malfaisant de Lecoq. Il a mené l’enquête et, pour que nous saisissions l’histoire dans son ensemble, que nous embrassions l’intrigue pleinement, il se fend d’un retour en arrière dans la deuxième partie du roman. Un retour aux origines du plan qu’il a patiemment conçu. Ce retour en arrière peut rappeler celui du Dossier 113, le précédent roman de Gaboriau, quand le résultat des investigations de Lecoq nous est rapporté.

 

La mise en place du chantage et son origine constituent deux histoires, deux parties, presque distinctes. Ce procédé répétitif demande au lecteur d’accepter de passer d’une intrigue à une autre, la deuxième ayant été déjà partiellement éventée par la première. Dans les deux romans précédents, ceux où il avait utilisé le même procédé, cela ne m’avait pas pesé. Cette fois, j’ai eu un peu de mal à passer d’une partie à l’autre… Peut-être parce que le mal expliqué par le mal, le vice s’appuyant sur d’autres vices ou des erreurs, cela fait redondance. Peut-être parce que j’avais apprécié la manière de Lecoq de faire justice quand, là, il ne s’agit que d’expliquer comment commettre un crime… Et qu’il est bien difficile de s’attacher à l’un des personnages. Peut-être… Mais, la deuxième partie finit également par être prenante, avant tout grâce au duc de Champdoce, seul personnage mut par ses sentiments, des sentiments authentiques. Mais celui qui domine l’ensemble, face à Mascarot, est André, jeune peintre, sculpteur-ornemaniste, enfant abandonné ayant réussi à se forger une place par sa volonté, son talent… Il va s’employer à lutter contre le complot qu’il perçoit. Et dont il pourrait être la principale victime…

 

Avec ce quatrième roman judiciaire, Gaboriau aborde un genre proche de ce que nous appelons désormais le thriller. En effet, plusieurs personnages sont suivis au cœur d’une même intrigue. Ce ne sont pas des histoires parallèles mais bien des pièces d’une seule et même intrigue. Le suspense est de mise, les rebondissements, le rythme sont sûrement également dû à ce qu’il s’agit d’un feuilleton, genre nécessitant de donner envie de tourner les pages, pour la prose et surtout par curiosité… Et c’est ce que flatte Gaboriau, notre curiosité.

Par contre, il ne flatte toujours pas l’aristocratie. Inadaptée au monde en évolution du second empire, attirant pourtant encore les convoitises. Engoncée dans ses désirs de pureté, de ne pas se commettre avec les autres castes, de préserver un nom et de gagner sa vie avant tout par le jeu des alliances. Et de la spéculation bien qu’elle ne porte pas encore ce nom. Tout cela dans l’univers qu’il a construit depuis quatre romans, on croise les noms de Commarin, d’Arlange, de Trémorel ou de Jenny Fancy, au gré des pages.

 

Cet univers continue d’exister dans son roman suivant, l’ultime mettant en scène l’agent de la Sûreté, Lecoq.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 17:23

Le troisième roman policier de Gaboriau paraît au cours de l’année 1867. C’est bien au cours de l’année qu’il paraît puisqu’il s’agit, comme pour les deux précédents, d’un feuilleton publié dans Le Petit Journal. Il s’intitule Le dossier 113 et nous emmène une nouvelle fois à la suite de Lecoq, l’agent de la Sûreté.

 

Un vol a eu lieu dans l’une des banques les plus connues de Paris, la banque Fauvel. Le butin se monte à 350 000 francs, une véritable somme pour l’époque. Seules deux personnes possédaient la clé du coffre, le caissier et le banquier. Le banquier prouvant qu’il n’a pu commettre le vol, le caissier est embarqué… Mais cette résolution expresse Le dossier 113 (Dentu, 1867)ne satisfait pas le policier chargé de l’affaire, Fanferlot. Ce dernier voit dans cette enquête la possibilité de se mettre en avant, il va donc mener ses propres recherches en parallèle, ne dévoilant qu’une partie de ses découvertes au juge d’instruction… Fanferlot doit toutefois se rendre rapidement à l’évidence, il n’est pas de taille à mener à bien son projet et doit se résoudre à tout confesser à son patron, Lecoq. L’enquête prend alors un autre rythme, une autre tournure, Lecoq se déguise en M. Verduret, un ami du père du caissier, Prosper Bertomy, et mène l’enquête avec ce dernier. Il envoie, auprès des différents protagonistes de l’histoire, des personnes chargées d’espionner pour son compte, les mailles du filet sont en place.

Ce vol cache une histoire autrement plus grave, un crime particulièrement élaboré… Et Verduret veut le comprendre complètement, en percevoir les tenants et les aboutissants, cherchant à réparer, si possible, les torts faits aux victimes. Cherchant surtout à voir au-delà des évidences, à mettre au jour le véritable crime.

 

C’est dans l’ombre des familles, souvent à l’abri du code, que s’agite le drame vrai, le drame poignant de notre époque ; les traîtres y ont des gants, les coquins s’y drapent de considération, et les victimes meurent désespérées, le sourire aux lèvres…

 

Gaboriau s’attache une nouvelle fois, tout comme Lecoq-Verduret, à comprendre les origines du crime. Une grande partie du livre est consacrée à la description des racines de ce vol qui va défrayer quelques temps la chronique judiciaire parisienne. Et c’est un procès contre une certaine aristocratie qui est une nouvelle fois mené, un procès contre l’aristocratie et donnant le beau rôle à la bourgeoisie, celle qui travaille. Car une certaine aristocratie n’a pas abandonné ses prétentions sans avoir toutefois accepté l’évolution de la société, une évolution qui veut que les rentiers ne peuvent plus l’être très longtemps s’ils ne se décident pas à changer de train de vie et condescendre à quitter le piédestal sur lequel ils estiment être toujours. C’est une société en mutation que nous décrit Gaboriau, une société où les anciens privilèges se perdent, usés jusqu’à la corde par des personnes sans compassion pour leur prochain, pour ceux qu’ils considèrent comme inférieurs. Des aristocrates qui s’entredéchirent dans le même temps…

Au travers des familles Clameran et Verberie, c’est toute cette aristocratie désuète qui nous est décrite. Des familles qui préfèrent encore se débarrasser de ceux qui auraient perçu l’évolution nécessaire, qui s’y seraient engouffrés.

 

Gaboriau nous offre un roman à la construction proche du précédent, cherchant l’explication des actes de chacun dans ce qu’ils ont pu vivre. Mais il n’épargne pas non plus les esprits malades, tordus, ne voyant la solution à leurs problèmes que dans l’escroquerie, comme si l’aristocratie avait toujours vécu de ce genre d’expédient, sur le dos du pauvre bougre qui s’échine au travail.

Gaboriau nous offre un roman ayant peut-être parfois les défauts de son genre, le feuilleton. Il y a certaines longueurs, on pourrait parfois ressentir une certaine lassitude, mais l’intrigue bénéficie d’une grande force et d’une grande capacité à nous captiver. A nous faire tourner les pages pour savoir ce qu’il va advenir de tel ou tel.

Et puis, le romancier relance notre intérêt pour son personnage récurrent en nous lâchant une bribe de son histoire personnelle, intime, à la toute fin de cette nouvelle intrigue. Lecoq éprouverait des sentiments !

 

En saurons-nous plus sur ce limier hors pair, cet as du déguisement, qu’est Lecoq dans les deux opus restants de la série ? Il ne nous reste plus qu’à les ouvrir pour le savoir. En commençant par le suivant, Les esclaves de Paris...

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 21:02

Le deuxième roman policier de Gaboriau commence à paraître en 1866, l’année du succès de la nouvelle publication de ses premiers pas dans le genre. Un genre qui n’existe pas encore et dont il est l’un des précurseurs. Ce nouveau roman qui paraît d’abord en feuilleton dans Le soleil, comme le précédent, et dans Le petit journal, est intitulé Le crime d’Orcival.

 

Tout commence avec la découverte du corps de la comtesse Berthe de Trémorel par deux braconniers, Jean Bertaud dit La Ripaille et son fils, Philippe. Après quelques hésitations, ils vont signaler leur découverte au maire d’Orcival dont dépend la propriété du Valfeuillu où habitait la défunte et où son cadavre gît, dans une mare.

Le crime d'Orcival (Dentu, 1865)M. Courtois, le maire, s’empresse de prévenir le juge de paix, le père Plantat, et se rend dans la demeure en attendant le juge d’instruction, M. Domini. Un policier est envoyé chercher à la préfecture de police de Paris, rue de Jérusalem, pour mener l’enquête. Le temps qu’il arrive, les premiers indices ne laissent pas la place au doute, il y a eu effraction et assassinat du comte et de la comtesse par les malfaiteurs alors que les maîtres de lieux étaient seuls, leurs domestiques partis à la noce de l’ancienne cuisinière du domaine. L’un d’entre eux devient le suspect numéro un, Guespin… Alors que l’on recherche encore le corps du comte, Lecoq, agent de la sûreté, débarque et commence ses investigations.

L’apparence de Lecoq quand il arrive n’a rien de celle que l’on attendrait d’un agent de la sûreté mais certains indices laissent à penser qu’il ne s’agit pas véritablement de la sienne, juste d’un accoutrement emprunté, destiné à tromper les autres. Lecoq débarque et, même s’il apparaissait brièvement dans le précédent roman, on le découvre véritablement. Il considère le père Tabaret, celui qui menait l’enquête dans L’affaire Lerouge, comme son maître et effectivement, il inspecte les lieux du crime comme son mentor, ne laissant rien lui échapper, scrutant les moindres recoins. En quelques pages, nous comprenons qu’il s’agit d’un adepte de ce que sera la police scientifique par la suite. Et d’un adepte du déguisement, son apparence changeant en permanence. Mais il s’agit surtout d’un policier hors pair, à l’esprit aiguisé, à la motivation inébranlable. Aux méthodes réfléchies, ne laissant rien au hasard.

 

Voyons donc […] comment je dois m’y prendre pour arriver à découvrir la conduite probable d’un homme dont les antécédents me sont connus ? Pour commencer je dépouille mon individualité et m’efforce de revêtir la sienne. Je substitue son intelligence à la mienne. Je cesse d’être l’agent de la Sûreté, pour être cet homme, quel qu’il soit.

 

Et, en effet, il ne lui suffit que d’une dizaine de pages pour débrouiller le mystère. Car contrairement à son feuilleton précédent, Gaboriau ne s’intéresse pas tant à la marche de la justice, dans cet opus, qu’aux événements et à leur enchaînement conduisant un être humain au crime. Au travers de l’histoire du meurtrier, nous sommes témoins de la lente dégringolade d’un homme, sa chute inexorable. Un destin auquel il semble ne pouvoir échapper… Un parcours qui mène au crime, inéluctablement. Un roman noir avant l’heure.

 

C’est que la logique de la vie, hélas ! enchaîne fatalement les unes aux autres toutes nos déterminations. C’est que souvent une action indifférente, peu répréhensible en elle-même, peut être le départ d’un crime.

 

Comme pour le roman précédent, nous sommes dans la noblesse, la bourgeoisie, celle des riches demeures et des gens de maison. Celle qui ne fraie pas avec le peuple ou qui s’en mord ensuite les doigts… Deux femmes sont l’image de ces risques à mélanger les milieux, les strates, les castes, Pélagie Taponnet, dite Jenny Fancy, et Berthe Lechaillu, devenue épouse Sauvresy (le mari comptant parmi ses relations le comte de Commarin, personnage central du roman précédent) puis comtesse de Trémorel. A l’instar du roman précédent, les femmes sont fortes, font faire aux hommes des folies. Presque malgré elles, à l’image de Laurence Courtois.

 

Après l’enquête et la recherche du coupable, les fausses pistes, les preuves cachées dans L’affaire Lerouge, cette fois, Gaboriau a bâti un roman mettant avant tout l’accent sur la trajectoire des personnages. Le mal naîtrait des circonstances…

Il continue à enrichir son univers dans le roman suivant, poursuivant les aventures de Lecoq.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 11:16

Après plusieurs ouvrages décrivant la société de son époque et les gens qui la font, Emile Gaboriau abandonne un peu son côté chroniqueur, pour se lancer dans le roman. Le feuilleton. A la manière de Paul Féval dont il fut le secrétaire et peut-être même le nègre.

En 1863 selon les uns, en 1865 selon d’autres, paraît son premier roman dans le journal Le pays, sans grand succès. Il suscitera l’intérêt en paraissant de nouveau en 1866 dans Le soleil. Il y introduit, dans son envie de continuer à détailler la société, la description d’une enquête policière, c’est L’affaire Lerouge. Il ne s’en cache pas, il s’essaie à ce roman après avoir lu les nouvelles d’Edgar Allan Poe mettant en scène le chevalier Dupin. Et après la lecture du Jean Diable de Féval.

 

L’affaire commence par la découverte d’un corps, celui de la veuve Lerouge et suit, presque au gré du hasard, différents personnages impliqués dans l’intrigue. Ce sera tout d’abord Tabaret, dit Tirauclair, qui aide bénévolement la police, la rue de Jérusalem à l’époque. Il observe avec acuité la scène du crime, en tire des conclusions saisissantes et rapides. Plus rapides que celles des professionnels patentés, impressionnant en cela le juge d’instruction, L'affaire Lerouge (Dentu, 1865)Daburon. Par un heureux hasard, alors que le passé de la veuve Lerouge est plutôt flou, Tabaret découvre son histoire grâce à ses voisins… Voisins, dont le fils avocat a été victime d’une machination à la naissance. Nous suivons ensuite ce fils avocat pour revenir à Tabaret faisant la révélation de ses découvertes à Daburon, le juge. Juge qui se trouve également proche des protagonistes de l’histoire, ayant nourri des sentiments plus que profonds pour celle qui est la fiancée de celui qui a usurpé l’héritage de l’avocat et peut-être commis le meurtre…

Nous allons de rebondissement en rebondissement, suivant au gré du récit l’histoire de chaque personnage mêlé à l’intrigue de manière plus personnelle que d’ordinaire. Les chapitres alternent les points de vue. Suivant un protagoniste puis l’autre, puis encore un autre. Ce sont les pensées, les souvenirs, les sentiments, de ces personnages qui nous sont exposés. Ce sont les pensées de chacun, les tentatives de raisonnements objectifs parasités par des sentiments moins nobles, qui apparaissent au fil des pages. C’est aussi le cheminement de la justice avec ses défauts, ses contradictions. Le dilemme entre mener à bien et promptement une enquête et prendre le temps de la réflexion pour ne pas se laisser emporter par de trop faciles évidences. Chacun est confronté à ses contradictions sans s’en rendre compte, nous seuls, extérieurs, voyons les difficultés à mener rationnellement une enquête quand on s’y implique de manière très personnelle… prenant parti pour l’un ou l’autre. Même sans se l’avouer.

Le comte et le vicomte de Commarin, au cœur de l’intrigue, voient leur vie bouleversée, leurs relations remises en cause… Mais ils ne sont pas les seuls que cette enquête touche au plus profond, Daburon, le juge d’instruction, Tabaret, l’enquêteur hors pair admiré d’un personnage très secondaire, apparaissant à peine, Lecoq, ne sont pas non plus épargnés.

C’est, au final, le cours de la justice qui est remis en cause, cette justice faillible puisque menée par des hommes, aux prises avec leurs propres sentiments aussi bien que leurs convictions. Un questionnement plutôt qu’une remise en cause, un questionnement qui insiste sur l’interrogation suivante : pour cent coupables arrêtés et châtiés justement, peut-on accepter l’arrestation et la condamnation d’un innocent, un seul ? Est-ce un prix à payer et vaut-il de l’être ?

Comme le cours de la justice, les mœurs de l’aristocratie sont également disséquées, les grands principes des relations avec le reste de la société également…

Avec L’affaire Lerouge, Gaboriau a donc commis un roman policier, comme ceux que nous connaissons actuellement, remontant le fil d’une enquête, partant du meurtre et des premières constatations pour fouiller la vie des différents protagonistes et suspects. Un roman policier mâtiné d’étude de mœurs et lorgnant du côté de certains courants littéraires de l’époque comme le naturalisme. Tout ceci pour nous offrir une intrigue qui se lit avec une certaine avidité et une certaine curiosité, nous découvrons ou redécouvrons un monde, une époque, sous l’angle de ses travers…

 

Après ce premier succès, Gaboriau devient feuilletoniste et peut poursuivre l’œuvre qu’il vient d’entamer. D’autres enquêtes, d’autres romans, vont pouvoir voir le jour. Un personnage secondaire va venir sur le devant de la scène dès l’histoire suivante. Il deviendra récurrent.

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:31

Gaboriau est un nom que je connaissais. Un nom entendu ici ou là. Un nom que je ne parvenais pas à rattacher à l’un ou l’autre des courants littéraires qui ont nourri le XIXème siècle. Je ne savais pas de quelle teneur était son discours. Et puis, en flânant ici et là, j’ai croisé son nom un peu plus souvent. Il m’est vite apparu qu’il était un auteur important dans le domaine dont je parle plus particulièrement. Un auteur de littérature populaire, autre catégorie dans laquelle on range facilement tant de bouquins, genre qui m’intéresse plus particulièrement dans ce qu’il a pu faire pour l’accès de tout un chacun au livre, à l’écrit…

 

Comme je l’ai dit précédemment, j’ai pu accéder à l’œuvre d’Emile Gaboriau parce qu’elle est désormais passée dans le domaine public. Chacun peut s’en emparer, j’en ai profité. Elle est dans ce domaine public qui nous reste accessible… tandis qu’un autre est en train d’être privatisé, victime d’un copyfraud d’état… Lire le site de savoirs comm1 peut être intéressant sur le sujet. Et ça en particulier.

Profitons-en tant qu’on le peut, lisons et partageons les œuvres du domaine public !

 

Emile Gaboriau, même s’il fait l’objet de réédition régulière, reste un auteur dont les romans sont difficiles à dénicher. Il convient toutefois de saluer, comme me le rappelait Oncle Paul dans son commentaire de mon article précédent, les éditions Omnibus ou Galodé qui ont publié récemment certaines œuvres du romancier. De plus, et j’y reviens, en allant sur les librairies de vente en ligne, vous pouvez accéder à ses écrits sous forme numérique, gratuitement (domaine public oblige). J’ai donc pu lire la prose d’un auteur du XIXème, un Emile, presque précurseur du suivant (Zola) tant il a voulu décrire la société telle qu’elle existait, il a surtout détaillé les travers de ces nantis un peu dépassés par l’évolution du siècle, les aristocrates. Pour ce faire, il a exploré un genre de narration peu usité à l’époque, le roman judiciaire comme il le nomme lui-même. Roman judiciaire qui ressemble à s’y méprendre à nos romans policiers contemporains… Gaboriau serait donc un précurseur, pas un inventeur, ayant emprunté un chemin déjà proposé par Edgar Allan Poe et son chevalier Dupin ou encore par Paul Feval, mentor de notre Emile, et avec lequel il avait collaboré (en tant que nègre) pour Jean Diable, un roman mettant déjà en scène un enquêteur aux méthodes scientifiques, comme je l’ai dit précédemment…

 

J’ai apprécié la lecture des romans de Gaboriau, des romans à rebondissements puisque d’abord publiés en feuilleton, et aux personnages fouillés. Il y a un travail littéraire indéniable sous la plume de l’écrivain. Je vais me pencher sur ses œuvres dans pas longtemps, à partir de L’affaire Lerouge, ses écrits précédents relevant plutôt de la chronique satirique…

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 17:51

J’entame aujourd’hui le parcours de l’œuvre d’un nouvel auteur. Nouveau sur le blog, mais plutôt ancien en ce qui concerne la littérature… On pourrait le considérer comme un successeur de Poe. Un de ses lecteurs ayant pris la plume.

 

Bien qu’ayant sévi au XIXème siècle, Emile Gaboriau n’est pas absent de la toile. Il n’y a pas une grande place mais sa présence atteste d'un intérêt encore actuel.

La reconnaissance dont il jouit est confirmé par les honneurs dont il fait l’objet sur l’encyclopédie en ligne et collaborative, Wikipédia, point de départ éventuel connaître un peu mieux le bonhomme. D’autres sites parlent de ce romancier feuilletoniste, considéré comme l’un des pères du roman policier. Notamment du roman policier français. Le site Lisons.info lui consacre une petite biographie. 13ème rue se fend d’un dossier sur cet écrivain de littérature populaire, dossier en plusieurs pages évoquant son parcours, des débuts comme nègre de Paul Féval, qu’il considérera comme son mentor et avec lequel il collabore notamment pour l’écriture de Jean Diable, roman mettant en scène un enquêteur aux méthodes quasiment scientifiques, aux publications posthumes en passant par ses lectures de Poe. André Bourgeois en parle également su son site au travers d’une biographie et du résumé de quelques uns de ses ouvrages, il avoue même être surpris du peu de notoriété d’un tel écrivain.

Pour évoquer son parcours géographique, deux sites peuvent être relevé, celui de Terres d’écrivains qui se met dans leurs pas, notamment dans ceux de Gaboriau, et celui de la mairie du 17ème arrondissement de Paris qui évoque son passage rue de l’Hôtel de Ville devenue rue des Batignolles, quartier où il a situé l’un de ses romans ayant traversé le temps, Le petit vieux des Batignolles. Pour compléter ce parcours autour de sa notoriété, le site La France pittoresque s’inspire d’un article de 1930 du Petit Journal, dans lequel a sévi Gaboriau, pour se demander si l’écrivain français n’est pas le véritable père de Sherlock Holmes.

Pour lire Emile Gaboriau, il est possible d’acheter ses bouquins en librairie, quelques uns d’entre eux ayant fait l’objet de rééditions plus ou moins récentes, mais ses œuvres étant désormais dans le domaine public, elles sont accessibles gratuitement. In libro veritas, vous en propose quelques uns, Ebooks libres et gratuits fait de même, les mettant à disposition sous plusieurs formats, Feedbooks n’est pas en reste, les proposant même en version anglaise si besoin est.

 

Pour en finir avec ce tour d’horizon, j’ai gardé le meilleur pour la fin, deux sites qui méritent qu’on s’y attarde, pas seulement pour Gaboriau. Tout d’abord k-libre qui consacre à l’auteur une page et quelques autres sur certains de ses bouquins. Ensuite, Roman populaire qui lui fait tout naturellement une place et replace ses œuvres dans le genre auquel il se consacre…

 

Désormais, Emile Gaboriau n’est plus un étranger, on connait son parcours, de sa naissance en Charente Maritime à sa mort à Paris en passant par les petits métiers qu’il a exercé avant de se lancer dans la littérature, d’abord comme nègre de Paul Féval puis seul, l’arrivée de la notoriété avec la publication de L’affaire Lerouge puis sa collaboration avec Le Petit Journal

 

J’évoquerai prochainement ma lecture de ses romans, sur liseuse, avant de me consacrer à chacun d’entre eux

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 11:11

En fin d’année 2012, paraît un roman de Franz Bartelt édité par D’un Noir si Bleu. Ce nouveau roman s’intitule Facultatif Bar est il est résolument noir.

L’action se déroule dans une ville indéfinie, entre la place Carrée, l’avenue Carnot et la place aux Becs, et au-delà par effet domino. Dans le quartier des Becs et ceux qui l’entourent pour les dommages collatéraux. L’action prend place au cours d’une nuit comme les autres, ou presque, où les personnages vont se croiser comme ils l’ont déjà fait au cours de bien des autres nuits… Ils vont se croiser au milieu de tous ceux qui grouillent à ces heures-là…

 

Facultatif Bar (D'un noir si bleu, 2012)Tant que les paumés ne franchissaient pas le périmètre de la place Carrée et celui du carrefour des Becs, ils étaient libres d’agir à leur guise. Il en mourait beaucoup, une dizaine par nuit. Personne n’en portait le deuil. C’était des drogués qu’on retrouvait sous les portes cochères, des nouveau-nés dans le fond des poubelles, des alcooliques qui se jetaient d’un toit, des filles qu’on dépeçait après les avoir violées, et, parfois, avant. Rien que de très banal. Les plus robustes survivaient jusqu’au moment où ils trouvaient leur maître. Ils le trouvaient immanquablement.

 

Le décor est planté…

Tout commence avec l’arrestation de Félicien Querque dans un supermarché où il cherche de toute évidence à provoquer pour se faire embarquer. Au poste, l’inspecteur Granier refuse de le garder, de l’enfermer malgré ses demandes répétées, il le fait jeter dehors. Jéronimo, journaliste, passant par là, recueille Querque à bord de son véhicule et accepte d’aider ce dernier à aller en prison en rédigeant un article… L’inspecteur Granier quant à lui décide de passer la nuit dehors à arpenter les rues de la ville comme il le fait de temps à autre. L’épouse de l’inspecteur, Olga, profite de l’absence annoncée de son mari pour aller chercher le frisson en ville… Tout ce petit monde va se croiser au cours de la nuit, errant autour du Facultatif Bar, s’y abreuvant, se confiant à sa gérante et propriétaire, Ginette Maugru. Jéronimo et Querque vont y retrouver Zurpath et Truniek, deux anges déchus. Granier va y descendre pour inspecter les chambres ouvertes dans les étages aux couples cherchant l’anonymat, Olga Granier y viendra aussi… L’inspecteur croisera également des tueurs à la poursuite de Jéronimo… Les cadavres se multiplient.

Toutes ses allées et venues et leurs conséquences sont observées par Ginette Maugru et le boucher Trousquaille et ses deux apprentis.

Pas d’événement incongru pour mettre le chaos dans cet univers, juste des destins qui s’entrecroisent et qui suffisent à eux seuls à semer le désordre et la mort. Seulement des êtres mus par leurs angoisses. Une nuit presque ordinaire où la trajectoire de certains connaîtra sa fin… Une nuit peut être plus noire que d’ordinaire.

 

Bartelt sème les corps mais également les âmes perdues, détruites, déglinguées. Il les sème et observe les conséquences de leurs errements. Un mari et une femme pas si désunis que cela, un fils et sa mère plus soucieux l’un de l’autre qu’il n’y paraît, des anges victimes de la surpopulation des cieux et contraints de frayer avec les vivants…

C’est un roman fort, prenant et sordide que nous donne à lire le romancier. Un roman qui peut faire penser au Grand Bercail , avec sa vision de la torture comme ciment de la société. Comme fondement. Qui peut faire penser également à  La chasse au grand singe ou encore à Massacre en Ardennes par sa vision désabusée des humains. Une humanité qui n’est plus guidée par “la soif et l’amour” mais qui “se nourrit d’injustices et de violences”. Ou peut-être les deux.

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 10:59

En 2011, Bartelt revient du côté des éditions Le Dilettante où il avait déjà publié deux romans en 2008,  La belle maison et Les nœuds. Ça s’appelle cette fois La fée Benninkova. Et c’est une fiction loufoque, décalée.

L’histoire nous est racontée par Clinty Dabot, elle débute quand la fée Benninkova débarque chez lui. Elle déboule chez lui, de force, pour utiliser ses toilettes, et cette irruption est le prétexte à un retour en arrière pour expliquer comment il La fée Benninkova (Le Dilettante, 2011)en est arrivé là. Car elle le découvre déprimé. Ruiné, au bout du rouleau… Parce qu’il l’a accueillie, Benninkova lui promet de réaliser un vœu et lui demande d’y réfléchir… La réflexion appelle les souvenirs et l’arrivée de la créature magique, car c’en est une, est comme un signal, celui du grand déballage. Seulement, Benninkova est une fée sans baguette, elle doit en attendre une nouvelle et les confidences prennent de l’ampleur avec le temps qui s’écoule.

Au fur et à mesure de ses souvenirs, le narrateur revit sa relation avec Marylène, la caissière du supermarché. Clinty Dabot est handicapé et quand Marylène lui prête attention, il sait qu’il a enfin trouvé quelqu’un avec qui partager pas mal de choses. Et elle va se montrer particulièrement conciliante… Il peut alors rattraper le retard accumulé dans les relations humaines… Mais on n’a rien sans rien…

Bartelt s’en donne à cœur joie en instillant un peu de fantastique dans une histoire qui pourrait n’être qu’un constat socialisant, le récit d’un banal fait divers. Rien n’étant jamais banal sous la plume de l’écrivain, on voit se dérouler sous nos yeux la descente, la dégringolade, d’un naïf… Mais la naïveté ne nuit pas toujours et la fée Benninkova se charge de le lui prouver.

C’est féroce, irrévérencieux, caustique, et, comme toujours, servi à point.

 

Après un retour chez Le Dilettante, c’est Gallimard que retrouve Franz Bartelt l’année suivante. Il y était déjà revenu en 2010 pour le recueil de nouvelles La mort d’Edgar. Il y revient cette fois pour un roman, Le testament américain, qui trouve parfaitement sa place dans sa bibliographie et ses thèmes de prédilection. Une petite communauté, un groupe de personnes, se trouve confronté à un événement improbable.

Le petit village de Neuville hérite de Clébac Darouin, un millionnaire états-unien, né par hasard dans la commune, mort récemment et ayant tenu à être enterré dans sa terre natale. L’héritage n’a rien de classique, il s’agit d’un cimetière. UnLe testament américain (Gallimard, 2012) cimetière aménagé par des paysagistes et des architectes et où chaque habitant se voit offrir une sépulture. Une sépulture qui a tout du tombeau grandiose, plus grand que la vie si chère à ceux d’outre-Atlantique, habitable s’il ne s’agissait pas d’un tombeau. Les esprits s’en trouvent bouleversés… Chacun connaît désormais sa dernière demeure et ça chamboule un peu.

Les habitants prennent pourtant la nouvelle avec philosophie, un certain bon sens. Mais des petits riens vont les faire évoluer, vont bousculer le quotidien du patelin reculé.

C’est une galerie de personnages que nous offre le romancier. Une galerie de personnages somme toute ordinaires mais confrontés à une situation extraordinaire, incongrue, déstabilisante. Le premier à en faire les frais, à profiter du cadeau du millionnaire n’est autre que le maire, Albert Pneu, qui trépasse lors de l’inauguration du lieu… Un maire par intérim est désigné, il s’agit de René Vendrèche, et tout pourrait aller pour le mieux.

La veuve doit être satisfaite, comme il est de coutume dans le village, dans tous ses appétits, Fricoteau s’y colle… René Vendrèche a la velléité de tout régenter bien que doté d’une certaine bêtise…

Tout se déglingue, tout passe à la moulinette, l’inceste ancestral d’une famille, les constructions du village moins solides que celles du cimetière et la nouvelle qui commence à se répandre au-delà des frontières de la commune et dont il faut gérer l’impact.

Le village est confronté à des choix difficiles, chaque habitant hésite, des amants s’affrontent pour savoir s’ils seront toujours unis pour l’éternité ou pas, d’autres familles hésitent à accueillir de nouveaux membres en leur sein…

Bartelt s’amuse à décrire les tares de ses contemporains en les plaçant dans une situation qui va révéler leurs travers, leur capacité d’adaptation frisant le grotesque. Et on s’amuse avec lui.

Ça frise le plaisir inavouable de voir ainsi maltraité son prochain. Mais, c’est tellement bon. Et si bien conté.

 

L’année 2012 n’est pas finie pour l’écrivain, un autre roman paraît aux éditions D’un noir si bleu, un roman dont on reparle bientôt. Un roman noir.

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 13:48

En 2008, Bartelt continue d’écumer les éditeurs. C’est cette fois aux Editions La Branche qu’il commet et publie un nouveau court roman, Nadada. Comme pour Oppel et la même maison, il s’agit d’un hommage, au moins dans le titre, à Jean-Patrick Manchette et, pour cette fois, son Nada.

Dans ce livre typique de Bartelt, on suit Moncheval. Ce dernier s’est mis en tête d’écrire un bouquin et, pour mettre toutes les chances de son côté, il mène une investigation. Auprès d’autres piliers de bar, il s’informe de ce que ça peut vouloir dire écrire un bouquin, qu’est-il nécessaire pour parvenir à pondre un best-seller. Car s’il veut écrire un bouquin, Nadada (La Branche, Suite Noire, 2008)c’est pour se faire du fric et, il en est sûr, la littérature peut permettre de s’en faire un paquet. Dans le même temps, en parallèle, Moncheval nous raconte l’histoire de Moncheval menant une enquête sur le tueur en série qui sévit dans la ville, l’histoire qu’il aimerait tant écrire… Deux investigations pour un roman savoureux.

Les personnages sont, comme toujours chez l’écrivain, particulièrement réussis, on imagine son appétit à observer et à nous livrer le fruit de cette observation, mâtinée d’une dose d’imagination. Comment un de ces personnages comme on en croise souvent pourrait-il devenir le personnage d’une intrigue romanesque ? C’est sans doute la question que doit souvent se poser le romancier. Tremper la réalité dans la fiction, mélanger, en ne lâchant rien de la réalité ou de la fiction… On obtient chez Bartelt des situations loufoques, décalées, avec des personnages tellement proches de ceux que l’on voit tous les jours qu’on ne pouvait, jusque là, pas les imaginer dans une de ces fictions que l’on aime…

Le tout est assaisonné de maximes, de ces pensées qui décrivent le monde et le mettent en boîte en quelques mots. De ses pensées profondes qui ont pour principal attrait de nous faire sourire tellement elles sont péremptoires, définitives et décalées, vues d’un point de vue si particulier qu’il transpire de lui-même de la phrase… De ces phrases dont il suffit d’un rien, l’ajout de quelques mots, pour en détourner le sens, en faire un autre aphorisme.

Vous l’aurez compris, c’est un Bartelt pur jus, si l’on peut dire, un de ces bouquins plongeant ou plongés résolument dans l’univers original de l’écrivain.

 

En 2010, l’année suivant la parution d’un recueil de textes intitulé Petit éloge de la vie de tous les jours faisant partie d’une série commandée à différents auteurs, ce sont les éditions Finitude qui publie le nouveau roman de l’écrivain, Je ne sais pas parler.

Dans ce texte, les pensées d’un écrivain ses succèdent, nous sont donner à lire, pour nous expliquer pourquoi cet Je ne sais pas parler (Finitude, 2010)écrivain ne sait pas parler. C’est un monologue qui vient à la suite d’une invitation à un entretien que l’écrivain, le personnage central du livre, celui qui écrit à la première personne, n’a pu refuser, lui qui parvenait toujours à éviter cet exercice.

Le temps fuit, le moment fatidique approche et l’angoisse monte dans la gorge du personnage principal.

Nous sommes de nouveau confrontés aux pensées d’un homme, un homme pétri de certitudes, se connaissant et connaissant les autres. A sa manière. Un homme démuni, qui ne sait plus comment faire face à la réalité. Comment affronter les autres. Il va donc imaginer les stratagèmes possibles pour vaincre l’épreuve…

C’est un texte simple, direct, que nous propose Bartelt. Un de ces textes dont il a le secret, un de ces textes qui, sous couvert d’évoquer un cas très particulier, finit par nous parler à nous, nous toucher…

 

La même année paraît le texte suivant de l’écrivain, une novella éditée par les éditions de l’atelier in8, dans la collection Polaroïd dirigée par Marc Villard, Parures.

L’histoire nous est racontée à la première personne par un enfant devenu grand. Il nous décrit son quartier, un quartier d’immeubles, de pauvreté, un quartier d’où l’on jette les ordures par la fenêtre… Son plus grand souvenir est celui d’un Parures (in8, 2010)incendie, celui de l’église, un spectacle pour tout le voisinage. Il revient ensuite sur son enfance, une enfance difficile parce qu’il n’était pas à sa place, il était comme un mouton noir.

Cette histoire, comme une confidence, est celle des relations entre le narrateur et sa mère. De ses relations et des conséquences sur son existence de tous les jours. Sa mère s’est, en effet, passionnée pour les habits, les modes et a tout fait pour que son fils soit paré des plus beaux atours. Elle a sacrifié leur budget à cette folie. Le fils était une poupée qu’elle habillait au mieux, dont l’apparence était sa seule préoccupation…

Seulement, l’apparence, dans un tel quartier, a ses exigences. Un gamin se doit d’être sale, ses habits se doivent d’être élimés, rapiécés. Ils vont l’apprendre à leur dépend. Le môme en premier, victime des brimades de ses camarades, d’une mise en quarantaine des enseignants.

Et puis, la mère… Elle ne vit que pour habiller son enfant, toute son existence est rythmée par cette folie, cette passion, qui en vaut bien d’autres. Mais c’est une passion déplacée et l’assistante sociale va se charger de lui faire comprendre. A partir de cet instant, de la mise sous surveillance des allocations données par la mairie, la mère perd pied…

Bartelt, à travers la description de cette famille, épingle une société qui ne tolère pas les écarts, les excentriques, les singularités. Quel que soit l’endroit, il faut se conformer à son environnement…

C’est, comme souvent chez l’auteur, une histoire qui, sous couvert de décalage, de bizarrerie, nous amène à nous poser des questions sur ce monde qui nous entoure et dans lequel nous vivons. Il nous en propose une vision acide. Posant le doigt sur ses travers… Par forcément ceux des individus mais aussi ceux des groupes qui ne raisonnent plus, qui suivent des habitudes sans plus jamais s’interroger.

 

Avec ces trois textes, Bartelt observe ses contemporains et cette société qu’ils ont créée et qui est loin d’être parfaite. Qui ne prend plus en compte l’individu et ses particularités. Il faut se fondre dans la masse pour avancer sans être montré du doigt. Ecrire ne peut être envisagé par le premier venu, il y a des codes à respecter. Quand un livre est écrit, il convient de communiquer et de maîtriser cette société de communication. Et, quelque soit l’endroit où l’on vit, il faut se conformer aux us et coutumes, sous peine de s’isoler, de perdre sa place…

 

Bartelt continue dans ses livres suivants à nous montrer la société telle qu’il la voit, cruelle, comique. Parce qu’il vaut mieux en rire… jaune ou noir.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 15:27

L’année 2005 et ses brèves explorations achevées, le prix Goncourt de la nouvelle remporté pour son excellent recueil Le bar des habitudes, Bartelt revient dans la collection qui lui a valu son plus grand succès. Après avoir publié chez divers éditeurs plus modestes, il retourne dans le giron des éditions Gallimard et retrouve la “série noire” avec Chaos de famille. Nous sommes en 2006 et même si la collection a changé de format, elle accueille de nouveau l’écrivain.

 

Chaos de famille est un roman que Bartelt ne peut renier. On y trouve tout ce qui fait sa singularité, tout ce qui l’a singularisé aux yeux des lecteurs. C’est tonitruant, d’aucuns diront truculent, ça va à fond dans son sujet, très loin…

Dépression et voisinage, ces deux fléaux touchent Carmina et son mari, le gros Plonque. Le gros Plonque fait ceinture Chaos de famille (Gallimard, 2006)depuis longtemps, depuis que sa femme lui préfère la télévision, il fantasme sur la voisine tandis que la dépression explique le comportement de sa femme et de sa famille… Ça va tomber comme des mouches.

Le verbe est haut. En couleur, en gouaillerie. Les personnages sont bruts de décoffrage et la part belle est donnée aux dialogues. L’histoire n’est pas au centre du bouquin, advienne que pourra…

Et bizarrement, je ne suis pas allé au bout. Allez savoir pourquoi ? J’avais pourtant lu jusque là tout ce que le romancier nous proposait, avec une certaine délectation pour ne pas dire une délectation certaine. J’ai lu depuis les autres romans avec plaisir mais là, je me suis arrêté… Un accident.

Peut-être la collection dans laquelle il était publié m’a-t-elle induit en erreur ?… Peut-être. Mais d’un autre côté, c’est pour le nom en haut sur la couverture, pas celui en bas, que j’ai acheté le bouquin.

Alors, voilà, il y a des mystères. On ne peut pas tout aimer en bloc chez un auteur, il faut bien qu’à un moment ça coince, un peu ou beaucoup. Pour Bartelt, ce fut juste le temps d’un livre… Du coup, j’y reviendrai sûrement un jour ou l’autre à ce livre. Comme pour Ellroy

 

La même année paraît un recueil de textes savoureux sur la ville dans laquelle il a grandi et près de laquelle il vit toujours, Charleville-Mézières… absolument moderne. Il s’agit d’un beau livre, avec photos de Jean-Marie Lecomte et Thierry Chantegret, publié par les éditions Noires Terres. L’ironie et l’observation décalée de Franz Bartelt donnent aux souvenirs égrainés un ton particulièrement réjouissant.

 

Après un recueil de textes parus chez Gallimard en 2007, Pleut-il ?, Bartelt revient vers la fiction l’année suivante par le biais de deux courts romans édités par Le Dilettante.

La belle maison nous conduit à Cons-sur-Lombes. Village plutôt fier de lui, surtout au travers de son maire, M. Balbe. Un maire plein d’ambitions et porté sur le bonheur de son prochain, une volonté teintée d’humanisme. Un humanismeLa belle maison (Le Dilettante, 2008) qui ne demande pas son avis à ceux à qui sont destinées ses faveurs… Car Cons ne compte pas de chômeur, mais il a ses deux marginaux, Mortimer et Constance Boulu que la population s’est empressée de surnommer les Crapouilles. Pour Balbe, les Crapouilles font tache, il faut trouver une solution pour que Cons ait encore plus fier allure, pour que Cons soit encore plus exemplaire… La solidarité va être sollicitée pour construire au couple une maison.

Franz Bartelt s’en donne à cœur joie, il esquinte toute cette gentille population à commencer par son premier magistrat. Et il le fait avec un bonheur communicatif. Tout y passe… sauf les deux Crapouilles.

C’est qu’ils se sont construit une petite vie qui leur convient et qui n’a pas besoin de l’aumône des âmes bien-pensantes. Une vie qui peut laisser libre court à leur imagination, aux visites inattendues…

Franz Bartelt nous offre avec cette Belle maison une œuvre d’une grande qualité et qui sous couvert de légèreté, épingle une nouvelle fois les travers de ses contemporains. Le style est toujours aussi impeccable, agréable, tout sauf tiède…

 

Le deuxième texte publié par Le Dilettante s’appelle Les nœuds.

Les Porquet se sont transmis de père en fils, de génération en génération, l’entreprise familiale. Une entreprise spécialisée dans la fabrication des cordes à nœuds. Mais comme beaucoup d’entreprises artisanales, elle n’a pas su Les noeuds (Le Dilettante, 2008)se diversifier et exerce une activité pas loin d’être obsolète. Le dernier de la lignée, Basile, en a parfaitement conscience, tout comme il a, chevillé au corps, dans les gènes, le devoir de faire perdurer le plus longtemps possible l’entreprise. Il est à la croisée des chemins… tiraillé.

Bartelt développe au long des pages la monomanie de Basile et de ses ancêtres. Il approfondi le sujet jusqu’à plus soif, jusqu’au vertige… Et c’est un plaisir de le voir passer par tout ce que l’on peut imaginer autour d’une fiction sur le nœud.

C’est un livre ludique comme beaucoup des livres de son auteur, un livre dont le sujet est approfondi, étudié, tourné en tout sens, comme souvent. C’est un aspect des livres de Bartelt qui en fait des objets uniques, ils ne sont pas écrits pour un lecteur en particulier, pour le lecteur, ils sont des explorations de l’écrivain. Exploration d’un vocabulaire, exploration des possibilités offertes pas un postulat de départ… C’est ce qui leur donne ce goût unique, ce qui accroche un sourire aux lèvres du lecteur pour peu qu’il aime ce type de jeu…

 

Avec ces deux romans publiés en même temps, Bartelt nous donne à voir deux facettes de son talent, deux caractéristiques de ses histoires, l’observation d’une communauté et celle d’un individu, les deux se mélangeant rarement. Même si l’individu est toujours vu en rapport avec ce qui l’entoure et la communauté présentée au travers des individus la composant…

 

Après Le Dilettante, Franz Bartelt va continuer à voyager d’un éditeur à l’autre pour nous offrir des textes singuliers et mieux revenir vers son éditeur d’origine, Gallimard, pour de nouveau s’en éloigner…

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